La Roche-sur-Yon : préoccupations autour de l’avenir du centre Beautour
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La Roche-sur-Yon agglomération cherche un nouveau délégataire pour le centre Beautour. L’objectif devra être de faire rayonner toute l’année ce site consacré à la biodiversité. Le centre de Beautour nouvelle version ouvrira au public en septembre 2019.

Retrouvez ci-dessous l’intervention de Guy Batiot, conseiller communautaire EELV, lors du conseil d’agglomération du 24 septembre à l’occasion de la présentation du cahier des charges de l’appel à projets :

« En lisant ce cahier des charges se pose une question toute simple : Pourquoi ne pas étudier une évolution de la société publique locale (SPL) actuelle ? Elle pouvait changer d’actionnaires, l’Agglo être l’élément majeur, le Département participer en lien avec les collections. Bien évidemment, en revoyant ses missions et en réinvestissant, pas de désaccord sur cette ambition.

Peut-être aurait-elle été moins coûteuse et n’aurait et elle n’aurait pas stoppé les activités en cours ?

Sur le bilan, plusieurs choses doivent être relevées :

« Le budget Beautour est de l’ordre de 600 000 € », répète-t-on plusieurs fois. Or le budget de fonctionnement est d’environ 540 000 € annuels, dont 200 000 € de l’agglo, pour l’ensemble de la SPL, dont la Maison des Libellules (où sont fléchés la majorité des financements de l’agglo.)

C’est confus, on confond budget SPL global et budget Beautour.

P5 est affirmé : « les associations utilisent le site environ 200 h/an ». D’où vient cette affirmation ?

À ma connaissance au moins 2 associations ont des salariés à temps plein sur site, beaucoup d’autres y mènent des formations, séminaires, réunions, animations…

Toujours p5 : « aucune manifestation importante ne s’est imposée à Beautour ». Pourtant la Fête de la Science puis Exposcience accueillent du public au-delà de la capacité maximale du site, grâce à des structures annexes montées dans le parc !

Alors affirmer que « Ces montants importants témoignent ainsi d’une efficience faible en termes de bon emploi des fonds publics et d’impact public, l’impact sur la vie locale et sur le grand public est resté trop confidentiel » relève de jugements catégoriques non fondés.

Comment le futur délégataire peut-il avoir une idée juste de la situation ? sur quels indicateurs les résultats du futur délégataire peuvent-ils être évalués ?

Objectifs :

L’ambition d’un « intérêt général fort » est bien sûr partagée ; reste à définir ce que cela recouvre…      « La biodiversité dans tous ses états » : cela semble très pertinent mais le fil conducteur : de la terre à l’assiette – restreint cette ambition en regard du respect du leg Durand et de la vie des collections en particulier.

p23 En ce qui concerne l’animation, les relations avec les structures actives sur le territoire ne sont pas mises en avant, oubliant des acteurs majeurs. Pour ceux que je connais le GAB, la Ligue de l’enseignement, des associations membres du RYEDD etc …  Le document souligne expressément leur importance, constatant « la constitution à Beautour ces 5 dernières années d’un véritable réseau en matière de biodiversité » et souhaitant voir, « le candidat développer un réseau local, support d’une agriculture urbaine, favorisant les circuits courts ». Dommage de se priver des valeurs de coopération et de l’expérience de ce réseau local déjà constitué ! Ce serait pourtant d’une grande cohérence !

Quelques points ici méritent vraiment des réponses :

p9, on lit : «  promouvoir la biodiversité dans une optique écologique pérenne basée sur la conservation et l’optimisation des espèces ». Que veut dire « optimisation des espèces » ? Qu’attend-on d’une telle optique ? J’avoue mon scepticisme et mon inquiétude…

De même pour la « Valorisation de la biodiversité et du végétal » : le végétal est inclus dans biodiversité, non ? Cette insistance recouvre-t-elle une demande précise ou une proposition ?

Enfin, que devient l’hébergement des structures actuellement sur site ?

Le volet insertion est abordé avec insistance sur plusieurs pages. En commission et dans les échanges a d’ailleurs été évoquée plusieurs fois la structure « Potager extraordinaire ». Je le répète encore : Insertion, mille fois oui. Mais pas en concurrence avec la nécessité de personnels formés, répondant aux exigences d’objectifs qui nécessitent une spécialisation et des compétences difficiles parfois à trouver dans ce public.

Cette insistance interroge sur la possibilité, pour des structures autres que celles spécialisées dans l’insertion, à répondre à ce cahier des charges.

A cet égard, l’obligation faite au  délégataire de « réserver une part du temps total de travail » apparait bien floue, d’autant que des pénalités sont prévues.

Concernant le volet pédagogique, p18 : au-delà du simple accueil des écoles et du public adulte, il semble important d’avoir une offre pédagogique structurée et active, utilisant au mieux les ressources du site, surtout lorsqu’on insiste sur l’ouverture permanente. Nous sommes loin de l’ambition d’une éducation à la biodiversité sous toutes ses facettes, pourtant tellement nécessaire face aux alertes qui se multiplient.

Maintenant plusieurs points sur les Aménagements :

P16 : on évoque une possible évolution règlementaire. J’attire votre attention sur la zone ENS fort petite et dont la qualité dépend des surfaces adjacentes classées NI. Leur reclassement en Nh3 comporte un risque important pour la biodiversité globale du site. Ce serait un comble au regard des objectifs précités !

Même chose pour l’hébergement : aucune précision. Si c’est un projet, on l’encadre impérativement car il se situerait, je suppose, près ou dans le bois en zone ENS.

A propos de ce bois, l’approche d’autoconsommation reste très aléatoire au vu de la surface en question, de sa biodiversité et de la chaudière actuellement utilisée !

P8 dans le même ordre d’idées : « une extension du parking actuel peut être envisagée suivant la fréquentation du site ». Je profite de cette précision pour demander que l’agglomération s’engage sur la facilitation des accès au site avec toutes les mobilités, pas seulement la route…

P13 : attention à ce que la restauration et l’hébergement ne remettent en cause l’intégrité du site, sachant qu’aujourd’hui le site est en phyto-épuration naturelle, élément pédagogique important !

Enfin, pourquoi écrire « Le niveau de performance énergétique sera au moins égal aux exigences de la réglementation RT 2012» ? Non seulement on voit mal comment il serait possible d’être inférieur à la RT, mais l’ambition devrait être à la hauteur d’un tel site et l’agglo exemplaire dans ses exigences ! La nouvelle RT se profile pour 2020, l’anticiper serait montrer l’exemplarité, l’engagement collectif. C’est cela aussi être pédagogue !

En matière économique, ce projet souhaite « concilier les objectifs publics d’intérêt général et de développement du territoire, avec les démarches commerciales permettant d’assurer la pérennité de l’exploitation. » Cela pose la question du modèle économique pouvant le faire vivre. En particulier, on note l’absence de cadre financier pour les coûts de fonctionnement chap 3, et aucune exigence pour les candidats de fournir un budget prévisionnel. Entière liberté est laissée aux candidats : or il est impératif de fournir un encadrement financier, une idée des subventions maintenues et/ou nouvelles en fonction des exigences. En un mot : sur quoi votons-nous ? Jusqu’où et sur quoi peut s’engager le délégataire ?

L’héritage G Durand au cœur de nos préoccupations :

Dans les 6 points de l’art 3, « objectifs et enjeux », aucune ligne n’évoque G. Durand, pas plus l’art 5 intitulé « nouveau concept et animation du site »…

Seule mention p 23 : « les collections pourront faire l’objet d’une proposition », phrase qui suit un timide appel au délégataire à « présenter dans son offre la manière dont il envisage la préservation de cet héritage en respectant l’esprit qui l’a animé pendant toute sa vie »

Vous avez bien entendu : «  pourront faire ! » C’est totalement insuffisant !

On peut donc qualifier d’optionnelle, de marginale ou encore de confuse la place laissée dans le projet à la science, au leg, à l’héritage intellectuel de la personnalité de Georges Durand, et à ses collections qui devraient pourtant pouvoir être valorisées dans le cadre des différents volets du projet…

Ceci se confirme p18 en lisant : « le candidat présentera un dispositif de médiation, voire de recherche scientifique ». Pourquoi voire, la recherche scientifique est une absolue obligation de fidélité à cet héritage !

De même lorsqu’est écrit: « Dans cette proposition, la mise en place d’un conseil scientifique consultatif pourra être prévue ». Non seulement il est consultatif mais il n’est même pas sûr !  Je vous demande d’inscrire : un conseil scientifique devra, et non pourra, être prévu, c’est la condition sine qua non des bonnes fins du leg et de la mémoire de G. Durand !

Car ce qui est à craindre ici, c’est bien l’incertitude sur l’avenir d’un patrimoine historique et scientifique vendéen. Ce patrimoine inestimable, mis en danger sans une forte volonté de le préserver et de le valoriser localement. En effet, sans clarification des relations pluripartites Muséum NHN/CD/Agglo, le projet sur ce point reste caduc car prématuré ; le sort des collections propriété du Muséum apparaît toujours plus incertain.

Pour terminer quelques remarques :

Lors des commissions et échanges auxquels j’ai été convié, d’autres pistes ont été évoquées (jardin des roches, serres, etc…) Ont-elles été abandonnées ?

p.28 : les thèmes cités pour la formation du personnel  semblent largement en-deçà des missions confiées au délégataire.

Il est question p8 « d’îlots concessifs ». Quelle est la signification de cette assertion ? Est-ce assimilable à des lots comme en appel d’offre, donc avec la possibilité d’être déclarés infructueux ?

Un détail, enfin peut-être, mais l’expression « gestion en bon père de famille » ne correspond en aucun cas à une définition précise du mode de gestion d’une SPL !

En conclusion, Je vous demande donc chers collègues de ne pas accepter en l’état ce cahier des charges.je pense que l’on gagnerait à un travail collectif de relecture et de reformulation de ce projet qui laisse en suspens beaucoup trop de questions et de problèmes, comme j’ai essayé de le démontrer.

Permettez-moi enfin d’évoquer la mémoire de Louis Arrivé, sans lequel nous ne parlerions pas aujourd’hui de Beautour dans les mêmes termes et qui avait fait sien le combat pour le respect du leg Durand et de sa mémoire, en préservant et valorisant sur le site même le patrimoine Beautour. »

Article Ouest-France du 26 septembre 2018

crédit photo : J.AUVINET_SPL