Jean-Claude Raux : la voix des ruralités à l’Assemblée nationale

Si la Macronie détenait depuis 2017 dix circonscriptions sur dix en Loire-Atlantique, cinq d’entre elles ont basculé dans le camp de la Nupes le 19 juin. Dans la sixième, Jean-Claude Raux s’est imposé avec un score de 52,84 %. Entretien !

Europe Écologie Les Verts Pays de la Loire : Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Jean-Claude Raux : Je m’appelle Jean-Claude Raux et j’ai 55 ans. Avant de devenir député de la 6e circonscription de Loire-Atlantique, j’étais maire de Saffré depuis mars 2020. Je suis arrivé dans cette commune, bien connue pour son maquis (et son festival dans les années 1990 !), il y a 25 ans, mais je suis originaire de l’Orne. J’exerçais encore au mois de juin dans l’Éducation nationale, en lycée professionnel à Redon. J’y enseignais le français et l’anglais. Je confesse sans rougir mon large penchant pour la culture et la pop anglaise !

As-tu exercé d’autres mandats électifs avant cette élection nationale ? Qu’est-ce qui t’a poussé à entrer dans la vie politique ?

Avant les mandats, ce sont sûrement mes engagements associatifs qui m’ont poussé vers des responsabilités locales. Élu municipal pendant douze ans, j’ai d’abord été délégué à la communication et à la vie associative, j’étais impliqué dans la commission culture à la comcom [communauté de communes]. J’ai ensuite effectué un second mandat en tant que premier adjoint de la commune et que vice-président à la communauté de communes de Nozay, en charge de l’animation territoriale (regroupant les thèmes de la culture, de la lecture publique, du sport, du tourisme, du patrimoine et de la communication). J’étais également vice-président de l’EPIC Erdre, Canal, Forêt. Et durant les deux dernières années, j’étais l’un des vice-présidents du syndicat Chère Don Isac, qui met en œuvre le contrat territorial eau sur un bassin versant de 2 000 km2.

Comment s’est passée cette campagne, et notamment les premières semaines, bousculées par les négociations qui ont donné naissance à la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) ?

Cela n’a pas été un long fleuve tranquille. Cela ne l’est déjà pas dans une campagne électorale, mais je dois dire que nous étions très en attente de cet accord. Pour nous, une alliance relevait de l’absolue nécessité. Après la présidentielle où les déceptions avaient été nombreuses et le sentiment de frustration partagé, il n’était pas envisageable que l’union ne se fasse pas. L’attente sur le terrain était également très forte car seule une gauche unie pouvait être en mesure de faire basculer le territoire à gauche.

Comment s’est passée la primaire au sein de la 6e circonscription ? Y a-t-il d’autres circonscriptions ayant mis en place un fonctionnement plus ou moins similaire parmi celles dont sont issus les élu·e·s de la Nupes ?

Je dois dire que cette primaire, c’est très tôt que nous y avons pensé. Car nous souhaitions véritablement partir uni·e·s et nous affranchir d’un calendrier électoral qui marque de l’empreinte présidentielle le scrutin législatif. Tout le monde ne s’est finalement pas inscrit dans cette initiative qui était une première, mais au final, quelques semaines plus tard, toutes les forces se sont rejointes. Je suis aujourd’hui le député élu, issu de cette primaire et Nadine Lucas, ma suppléante, la seconde ressortant de cette désignation. C’était un beau signal.

Cette votation a marqué aussi EELV quand il a été l’heure de désigner un candidat. Je n’oublie pas le poids des militants et figures locales d’EELV qui ont fortement poussé pour que ma candidature perdure. Je tiens tout de même à saluer les instances départementales, régionales et nationales qui ont su respecter le choix de ce mode de désignation et des électeurs et électrices qui avaient fait le choix de prendre part à cette désignation. En arrivant à Paris j’étais aussi fort de cela, cette désignation un peu à part puisqu’à ma connaissance, la nôtre fut la seule. Tout au moins au sein du groupe des Écologistes – Nupes de l’Assemblée nationale.

Quelle vision de la Nupes as-tu ? Comment travailler ensemble tout en gardant les spécificités des uns et des autres partis engagés ensemble ?

Les contacts avec mes collègues député·e·s Nupes du département sont bons et nous devrions les renforcer dans des modalités qui sont à définir ensemble. À Paris, notre première assemblée générale s’est tenue mardi. Là aussi les premiers échanges sont encourageants et l’intergroupe prend corps. Mais toutes et tous sommes conscient·e·s que le travail doit se faire en commun à la fois localement mais aussi au national.

Les cinq dépué·e·s Nupes de Loire-Atlantique : Jean-Claude Raux, Julie Laernoes, Andy Kerbrat, Ségolène Amiot et Matthias Tavel

Quel genre de député seras-tu ? Si tu pouvais faire adopter en urgence trois textes de lois, quels seraient-ils ?

À Paris, je suis pour l’instant un député en phase d’observation. Les premiers jours au Palais Bourbon ont été intenses : entre la logistique, les réunions de cadrage politique et l’organisation interne de la vie du groupe. Ce ne fut pas de tout repos ! Tout cela est pour moi complètement nouveau et forcément impressionnant. Pour autant, je ne perds pas de vue le pourquoi je suis là ni ne boude le plaisir d’avoir rejoint ce groupe de 23 élu·e·s, majoritairement féminin.

Les rencontres avec les scientifiques du GIEC dès notre arrivée et avec les jeunes de Youth for Climate la semaine suivante m’ont rappelé ce qui doit constituer notre priorité. Mon choix d’intégrer la commission des affaires culturelles et de l’éducation va me permettre de travailler sur les sujets qui me tiennent particulièrement à cœur et que je connais particulièrement de par mon métier et mes mandats. Il y a bien urgence pour l’école, et urgence pour l’engagement citoyen, la formation et la défense de l’égalité des chances, tout en rappelant à tous les niveaux la préservation de l’environnement. Si nous disposons du pouvoir d’initiative parlementaire, pour l’instant c’est bien le gouvernement qui détermine l’agenda. Nous allons donc très prochainement examiner les premiers textes qu’il proposera, notamment ceux disposant de mesures de soutien au pouvoir d’achat. Le groupe écologiste sera particulièrement vigilant à son contenu, notamment au regard de l’urgence climatique. Oui à la défense du pouvoir d’achat mais pas n’importe comment et pas à n’importe quel coût environnemental.

Enfin, l’actualité récente étasunienne nous a rappelé combien les droits fondamentaux des femmes à disposer de leur corps est fragile. C’est la raison pour laquelle nous déposerons une proposition de loi transpartisane Nupes afin d’inscrire ce droit dans la Constitution afin de le préserver de tout revers. Cela relève pour moi d’une extrême priorité.

Un mot pour les adhérent·e·s d’EELV en Pays de la Loire ?

Un mot ? MERCI ! Oui évidemment merci, parce que sans elles et eux, et sans toutes celles et tous ceux qui se sont mobilisé·e·s sur la 6e circo (et ailleurs !) rien n’aurait été possible. C’est aussi pour cela que je tiens à rester humble dans cette victoire. C’est avec eux et elles que je veux la partager et faire vivre mon contrat de mandature ; pour que cette formidable énergie née de cette campagne puis de cette élection perdure avec des travaux en commun et des échanges soutenus au cours des cinq prochaines années.