Tribune : les élu·e·s écologistes veulent donner la priorité au train

Tribune : les élu·e·s écologistes veulent donner la priorité au train

Alors qu’existe une majorité transpartisane pour faire du train le fer de lance de notre politique de mobilité, rien ne se passe au sommet de l’État, déplorent, dans une tribune pour « Le Monde », les élus écologistes, qui prônent l’adoption d’un « bouclier mobilité » composé de cinq grandes mesures.

« Élus écologistes, nous proposons aux régions et à l’État de mettre en place un “bouclier mobilité” priorisant le train »

La hausse vertigineuse des prix de l’énergie plonge des millions de familles dans la précarité énergétique. Entre mi-2021 et mi-2022, en cumulant le renchérissement de l’électricité, du gaz et des produits pétroliers, les prix de l’énergie ont augmenté de 28 % pour les ménages. Cette crise est un révélateur des choix politiques pris depuis des décennies, privilégiant la route pour les personnes comme pour les marchandises, et freinant trop souvent la nécessaire sortie de notre dépendance aux énergies fossiles.

En France, les transports sont le premier secteur émetteur de CO₂ et le seul secteur qui ne réduit pas ses émissions depuis 1990. Il faut agir sans attendre. Alors comment se déplacer tout en restant dans les limites planétaires acceptables pour la survie de l’humanité ? Comment tenir nos engagements de réduire de 55 % nos émissions de carbone d’ici à 2030 ? Et comment soulager le porte-monnaie des ménages ? La réponse passe nécessairement par le train.

De la déclaration « Pour un état d’urgence ferroviaire », signée le 24 mai par trois sénateurs dans Alternatives économiques, au « sursaut pour sauver le ferroviaire français » appelé, le 19 juillet, dans une tribune publiée dans Le Monde, par Jean Rottner, président de la région Grand-Est, les prises de position se multiplient. Elles attestent de l’existence d’une majorité transpartisane pour faire du train le fer de lance de notre politique de mobilité. Qu’en est-il au sommet de l’État ? A part de bonnes intentions dans les discours : rien. Aucune annonce forte de la part du gouvernement concernant le train du quotidien.

Pourtant, nos voisins européens empruntent d’autres voies. Il est temps de s’en inspirer pour investir dans le matériel roulant et les infrastructures, et activer tous les leviers pour développer considérablement l’offre, le maillage, la fréquence, l’accessibilité sociale (avec tarifs adaptés) et le confort des trains.

À l’approche des débats d’orientation budgétaire, nous, élus écologistes, proposons aux régions et à l’Etat de mettre en place un « bouclier mobilité », complémentaire des mesures d’atténuation de la hausse des coûts, autour de cinq propositions :

  1. Doubler les moyens financiers des régions pour développer une offre de transport ferroviaire accessible, permettre la réouverture de lignes, y compris dans les territoires ruraux et les vallées de montagne, et relancer sans attendre les trains de nuit et les trains d’équilibre du territoire pour les longues distances.
  2. Rendre obligatoire l’intégration tarifaire entre TER et réseaux urbains dans les métropoles, soutenir les projets de réseaux express métropolitains, développer une tarification sociale ambitieuse et un « ticket liberté climat » ouvrant aux jeunes un accès illimité à l’ensemble des trains et transports en commun en France.
  3. Structurer la filière ferroviaire pour qu’elle ait la capacité de mener les travaux de construction, de rénovation des infrastructures et de maintenance des matériels roulants.
  4. Relancer le fret ferroviaire en développant une offre de services sur les infrastructures existantes et sous-utilisées et en révisant les droits de péage.
  5. Décréter un moratoire sur les projets de route et les grands projets inutiles et hors de prix qui sont des gouffres financiers et des absurdités écologiques au bénéfice d’une minorité.

Sur la base de ces propositions, les élues et élus écologistes des régions de France s’engagent à travailler avec les exécutifs, quelle que soit leur couleur politique, pour que la priorité revienne enfin au train et ainsi répondre durablement à l’urgence écologique et sociale.A l’abondance passée de gaz et de pétrole, préférons désormais l’abondance de train et de mobilité durable !

La coordination des élus régionaux écologistes réunie à Vichy, lors du Congrès des régions de France. William Aucant, au centre, représente le groupe L’écologie ensemble au Conseil régional des Pays de la Loire.

Tribune à l’initiative des élu·e·s écologistes de l’ensemble des régions :

Karima Delli, présidente du groupe Pour le climat et pour l’emploi (région Hauts-de-France) et présidente de la commission transports du Parlement européen ; Claire Desmares, présidente du groupe Les Écologistes (région Bretagne) ; Lucie Etonno, présidente du groupe l’Écologie ensemble (région Pays de la Loire) ; Jérémie Godet, coprésident du groupe Écologie et solidarité (région Centre-Val de Loire) ; Fabienne Grébert, présidente du groupe Les Écologistes (région Auvergne-Rhône-Alpes) ; Claire Mallard, présidente du groupe Écologistes et solidaires (région Bourgogne-Franche-Comté) ; Eliane Romani, coprésidente du groupe Les Écologistes (région Grand-Est) ; Laetitia Sanchez, coprésidente du groupe Normandie écologie (région Normandie) ; Ghislaine Senée, présidente du groupe Pôle écologiste (région Ile-de-France) ; Stéphane Trifiletti, coprésident du Groupe écologiste, solidaire et citoyen (Nouvelle-Aquitaine)

Elle a également été signée par de nombreuses et nombreux autres élu·e·s écologistes, dont :

Julie Laernoes (députée de Loire-Atlantique) ; Jean-Claude Raux (député de Loire-Atlantique) ; Ronan Dantec (sénateur de Loire-Atlantique)